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Vendredi 10 Septembre 2010
Blog Jdbkha

    Quoique ville de province du Nord-Est de la France, Strasbourg, si elle ne peut rivaliser avec Paris sur ce point, a eu et a toujours une scène Jazz locale, où les principaux courants du Jazz passé, présent, voire futur, sont représentés, des classiques aux plus contemporains.

    Lors de son dernier « Strasbourg Jazz Festival », son directeur Harry Lapp, également collectionneur de journaux anciens, disait avoir trouvé dans les Nouvelles D'Alsace un article relatant la venue du grand trompettiste de Jazz Louis Armstrong à la Salle des Fêtes dans les années 20s, où il avait joué pour quatre cent  personnes.

     Strasbourg accueillit donc les Jazzmen américains, et eut sa section du Hot Club de France créé par Hugues Panassié aux débuts du Jazz avant-guerre. L’exclusion de Strasbourg du Hot Club de France en 1955 « because un certain concert de Chet Baker » (relaté en des termes hilarants par Boris Vian -qui n’appréciait guère le trompettiste- en Janvier 1956) en ces temps où la guerre faisait rage entre les figues moisies, Anciens défendant le Jazz New Orleans et Swing et les Modernes raisins verts, zazous partisans du Be Bop et de Charlie Parker. Cela montre aussi que Strasbourg se plaçait plutôt du côté des Modernes, même si Chet Baker, qui venait alors de se séparer de Gerry Mulligan,  était alors un partisan du Cool Jazz et de la West Coast, mais jouait aussi les compositions plus originales de Bob Zieff, et venait de perdre son pianiste Dick Tardzwick à Paris.

     Mon père m’a relaté avoir vu Memphis Slim au Kibitz et y avoir croisé Johnny Hallyday alors au service militaire en Allemagne dans les années 60s,. mon oncle vit Dizzy Gillespie et Duke Ellington, entre autres.

    La palme de l’ancienneté reviendrait  à un groupe de New Orleans/ Dixie Land, les Célestins, tenu depuis les années 60s par les frères Issenmann, et qu’on pourra voir en concert le 5 février prochain à la Médiathèque d’Illkirch à 19 h.

 

     Le Swing  fut longtemps porté à bout de bras par le pianiste Jean-Michel «  Old Papy » Delune (décédé en 2007) et ses Young Swingers avec Michel Viès au saxophone, le plus Lesterien des saxophonistes de la région, aussi capable Latin Jazz dans le style de Sonny Rollins. A l’époque, à chaque concert de Jazz quel qu’en soit l’intutilé et l’endroit, je les trouvais sur scène, le batteur Martial Muller (qui avait quelque chose de Claude Nougaro). Je me souviens de les avoir vus au Griot (Club près de la Place Broglie dans les années 90s) avec Cécile Bonacina, qui jouait des saxophones baryton (disparaissant presque derrière l’instrument), alto, soprano et sopranino, bref tout ce que ne jouait pas Viès et qui finissait leurs interprétations par des solos hard-bop tirant sur free, Viès hochant tristement la tête comme pour dire : « c’était bien la peine de bâtir une si belle architecture pour qu’elle fiche tout par terre !), mais elle était le grain de folie de l’orchestre, son électron libre, puis partit enseigner à La Réunion.

      Plus tard, les Young Swingers se produisaient les dimanches après-midi au Pub D’Austerlitz (devenu le Xanadu) avec des formations changeantes par roulements : avec la chanteuse Janice Lee, avec le guitariste Eric Soum, excellant tant en Jimmy Rainey que dans le rôle de Tal Farlow sur les tempos latins,  avec Michel Viès et parfois l’excellent jeune trompettiste Haut-Rhinois Eric Theiller, qui faisait en ces dimanches un duo fameux avec Viès, avec un côté West Coast Mulligan/Baker ou Getz/Baker, changeant le Pub en une sorte de Lighthouse à Los Angeles, où d’après Chet Baker, les baigneurs/euses Hollywoodiennes arrivaient en maillot de bain de la plage d’Hermosa Beach la serviette sur l’épaule et restaient jusqu’au bout de la nuit. Evidemment, le climat n’est pas le même. Il leur fallait aussi lutter contre le public du Pub, parfois imbibé ou pire encore, les plus jeunes braillant « RRRRock’N’RRRRoll » au moindre Boogie-Woogie (ce qui mettait Jean Michel « Old Papy » Delune hors de lui, lui qui détestait le Rock’N’Roll et le Jazz modrene, mais en jouait parfois porté par les autres sans l’avouer ensuite, bien sûr!) et moi-même refaisant l’histoire du Jazz!  Finalement ça donnait un côté boxon ou Jook Joint, Saloon Jazz assez pittoresque.

                   

Et personne ne joue plus « Cute de Neal Hefti pour Count Basie comme Old Papy.  C’est là qu’un dernier hommage lui fut rendu par le meilleur pianiste Boogie Woogie/ chanteur de Rock’N’Roll de la région, Jimmy Bock (ex Rythm Checkers, le Rockeur historique de la région qui a joué en France ou en Allemagne avec les  plus grands Rockeurs américains, dont Chuck Berry au Palais des Congrès). La relève est assuirée par son fils Manu Bock et son saxophoniste Pascal Kempf, dans le style Rythm’n’Blues. Les Young Swingers se produisent encore en le dernier dimanche de juillet lors de la fête de l’école de musique et du quartier de Cronembourg, où enseigne Michel Viès.

      Le Big Band à la Count Basie est encore très bien représenté par le Big Band de Bischeim (BBB) ( ) qui se produit régulièrement avec l’ensemble vocalese Les SoloSix et la chanteuse Jazz et scatteuse Cécile Solin. Le tromboniste Guillaume Nuss y a été à bonne école pour le jeu collectif, puis a fondé le groupe de Jazz funkamètrique Ozma et La Fanfare en Pètard, fanfare déjantée de la région.

 

     Le Jazz manouche hérité de Django Reinhardt est très présent dans la région, dont sont issus Biréli Lagrène, Tchavolo Schmitt, l’accordéoniste Marcel Loeffler et son petit cousin guitariste Yorgui Loeffler, et pour la nouvelle génération Dino Mehrstein (fils du guitariste et bon chanteur en romanès Sony Reinhardt) qui mêle Jazz Manouche et Bossa Nova ou jazz funky. En poussant jusqu’à Barr, on peut aussi trouver Engé Helmstetter qui allie Jazz manouche, Bossa Nova, musiques Tziganes et un beau brin de voix dans ses propres chansons. Hélas, faute de lieux, ils ne jouent pas très souvent chez nous. Dino Mehrstein et Yorgui Loeffler doivent être ceux qu’on peut voir le plus dans la région. L’Association « Terres et Musiques Tziganes essaie d’organiser un festival chaque été, dans la lignée du Festival International Tzigane de la Citadelle qui n’a plus lieu.

    

     Je tiens du percussionniste de Dino Mehrstein entre autres Simon Pomarat () que Chet Baker se produisit au Lazy Bird, club tenu par Philippe Ochem (pianiste et directeur de programmation Jazz de Pôle Sud, et du festival Jazzdor qui se tient en novembre et accueille le Jazz Contemporain d’Europe et d’ailleurs) dans les années 80s peu avant sa mort, mais n’était pas d’humeur à discuter, et parlait plus avec sa musique et a toujours été plutôt taiseux.

     Le Lazy Bird était devenu Le Café des Anges quand j’arrivai à Strasbourg en 1989. J’y ai des souvenirs de mes premières jam-sessions effrénées (Jammez le Mardi) entre Pascal Pallamidesi () au piano (créateur du Funambule, où je n’ai jamais été, mais dont Patrick Genet m’a dit monts et merveilles,  et qui continue d’en faire dans un pub d’Offenburg qu’il a racheté près de la Reithalle), Anne List à la contrebasse (qui accompagne maintenant Silvia B Paris), Roby Glod au saxophone alto encore très parkerien et soprano à la Steve Lacy, le guitariste Laurent Stoutzer en firent les belles nuits, et le Café Des Anges resta un paradis musical pendant toutes les années 90s, abritant à partir de 1997 la Salsa des DJs Salsero Bouba, puis Guillermo et DJ Timbalero en haut et dès 1991 les soirées Acid Jazz de DJ No Stress puis El Gilson, Tal Stef  et Pablo Valentino en son caveau, le plus funky en ces temps-là.

 

     A l’arrêt des concerts Live et des Jams au Café des Anges, c’est au Piano Bar (devenu Jeannette et les Cycleux) qu’on pouvait écouter la scène Bop/Hard Bop locale : Pascal Pallamidessi et  Anne List toujours (parfois relayée par Biréli Lagrène à la basse électrique aux heures les plus tardives), et les jeunes musiciens du CEDIM (Centre Européen D’Improvisation Musicale) :  Christophe Imbs était  l’un des rares émules, comme pianiste acoustique, du Troisième Courant de Lennie Tristano dans la région.

   Erwin Siffer, fils de Roger, était influencé par Herbie Hancock et le second quintette de Miles Davis, mais restait concerné par l’actualité, saluant l’invasion américaine de l’Irak d’un Gis dans la steppe.

Benjamin Moussay, lauréat du Concours Jazz de La Défense, était capable de parcourir toute l’étendue  du clavier d’un geste dans un solo, puis est parti à Paris et passé ensuite au fender rhodes et au Jazz Rock/Electro  avec Swimming Pool).  

Le saxophoniste Mickaël Alizon était très Hard Bop à la Dexter Gordon, et est toujours en activité, un peu plus Néo Bop, avec son album Les Sentiers du Crabe.

Alizon et Moussay ont été des membres de l’Orchestre Régional de Jazz (ORJA) puis du Jazztet du guitariste Bernard Struber qui réarrangea Frank Zappa.

        Philippe Leclerc était, plus Free Jazz et très fier de sa version iconoclaste de « Bye Bye Black Bird » à la Albert Ayler, mais disparut prématurément en 2006 après avoir été membre du groupe Jazz Rock  Virage Vanguard et d’un trio très original, Ostinato avec Nathalie Oertel, excellente chanteuse post-standard.

       On y voyait aussi le pianiste et clavièriste Grégory Ott aux transes Salsa (il joue aussi avec Sonando  sous le nom Greg « Candela » Ott) ou Groove (au fender rhodes avec le groupe Moglaz d’Anne List), ou Jazz Rock avec le groupe Panoramic Blue des frères Grandcamp. Grégory Ott a sorti cette année avec son trio (Franck Bedez à la basse électrique funky et Matthieu Zirn à la batterie)  son nouvel album « Ojeada », et son élève Vincent Bidal vole déjà de ses propres ailes 

      Le batteur Thomas Laedlein étonnait par son style aux breaks  peu conventionnels et riches en bombes,  et avec le contrebassiste pilier de l’endroit Gérald Muller et le guitariste Adrien Dennefeld, ils  ont depuis monté l’Aleph Quartet.

Tout ce beau monde s’est retrouvé ensemble dans le Charles Mingus Little Box en hommage au contrebassiste au Préo d’ Oberhausbergen.

     Autre saxophoniste, Franck Wolf (également membre de Sonando), est capable de jouer des Bossas Novas à la Stan Getz,  a créé avec Michaël Alizon un quartet de saxophones ambitieux, straSax ( ) et un trio original, Triophone puis a rejoint le dernier Gipsy Project de Biréli Lagrène.

  

      On aurait tort d’oublier Christophe Mougenot d’Illkirch, excellent saxophoniste Hard Bop capable de ballades sublimes.

   

     Tromboniste de Sonando, Pascal  Beck est lui aussi un grand improvisateur, compositeur et arrangeur dans les musiques latines, participe avec Ghislain Muller (http://monsite.wanadoo.fr/vibraphone/page1.html) au VSP Orchestra (pour vibraphones, trompes alpines et conques marines) (http://www.myspace.com/vsporkestra ) et a aussi monté un groupe de Jazz Funk, Greenstuff (http://www.myspace.com/greenstuffband ).

 

     Le trompettiste Serge Haesler (Bernard Struber Jazztet, Sonando, VSP Orchestra) a créé un quartet Electro Hip Hop, ZéroKlub (http://www.myspace.com/zeroklub), où il a un rôle à la Erik Truffaz

 

        Philippe Aubry (http://le.bruit.free.fr/autre_orchestre.htm) est certainement le meilleur émule d’Albert Ayler dans la région, très engagé politiquement et investi dans l’improvisation libre , qu’il décline en fanfare avec L’AutreOrchestre ou Le Bruit qu’ça coûte, avec la batteuse très moderne Yuko Oshima (http://www.myspace.com/yukooshima ), qui se produit aussi avec Eve Risser (http://www.myspace.com/rissereve), émule de Carla Bley dans Donkey Monkey (http://www.myspace.com/yukooshima)  Le clarinettiste basse Jean Marc Foltz s’oriente davantage vers les musiques contemporaines.

     Christine Clément (http://www.myspace.com/christineclement) est une chanteuse très créative avec son groupe « Jazz-Wave » Polaroïd 4 (http://www.myspace.com/polaroid4) avec Christophe Imbs passé avec le millénaire aux claviers et dans une démarche plus Jazz-Rock/Electro, Francesco Rees (qui ont créé un duo Jazz Rock Garage, « Chip » (http://www.myspace.com/chipduo)) et Vincent Posty à la basse. Elle a également un duo avec le batteur  Pascal Gully (pilier du Jazz underground avec Zakarya (http://www.myspace.com/zakaryacontact ), premier groupe français produit par John Zorn sur Tzadik à Stimultania et ailleurs) « To Catch a Crab » (http://www.myspace.com/tocatchacrab), qui cherche une maison de disques.

 

      Dans les groupes plus jeunes plus influencés par le Jazz Free ou improvisé et les Musiques Nouvelles dans la lignée de Julien Lourau, mais de bonne facture, on peut remarquer La Poche à Sons (http://www.myspace.com/lapocheasons) avec Jean Lucas (http://www.myspace.com/jeanlucas) au trombone qui devrait bientôt sortir son second album, et La Machinerie (http://www.myspace.com/lamachinerie) qui ouvre le répertoire au Free Groovy plus  méconnu de l’Art Ensemble Of Chicago, Sun Râ et assimilés.

       Parmi les formations issues du Jazz tirant vers la fusion Rock, Funk ou Electro ayant éclos récemment, on peut citer le Jazz Funkamétrique d’Ozma (http://www.myspace.com/ozmajazz) qui les a amenés jusqu’en Inde et bientôt en Afrique, et  l’ElectroFunk’N’Roll d’Enneri Blaka (http://www.myspace.com/enneriblaka ) qui tournent partout ailleurs que chez nous.

         Dans la tendance Nu Jazz Hip Hop/Electro, on peut remarquer Nu Tropic (http://www.myspace.com/nutropic ) avec le flûtiste Jazzamar qui explore l’alliance des tropiques Brésiliens et Cubains,  Steppah Huntah (http://www.myspace.com/steppahhuntah ) et leur délicieuse chanteuse Jazz Soul  Slovaque Marya Valetta (http://www.myspace.com/maryavaletta ), la plus belle voix Soul Jazz de la région qui est revenue à un style vocalese à la Lambert Hendricks & Ross plus traditionnel dont elle est l’une des rares représentantes à Strasbourg dans Sixtease (http://www.myspace.com/sixteasejazz) avec Martial Muller à la batterie (ex-batteur des Young Swingers), très proche de Shelly Manne. Porté par Eli Finberg et le beatbox hallucinant  Rhum’One, Art District (http://www.myspace.com/sixteasejazz ) est un bon groupe mêlant Hip Hop et Jazz à la manière d’Hocus Pocus.

       Le seul lieu à proposer encore une Jam Session hebdomadaire est L’Artichaut (http://www.lartichaut.fr/), où l’on peut entendrele jeudi selon les semaines le guitariste américain Rick Hannah (http://www.myspace.com/rickhannahtrio ), Christophe Imbs ou Erwin Siffer, et même aux heures tardives le seul trompettiste encore capable de vous tirer les larmes sur une ballade comme Chet Baker ou Clifford Brown, Léon Terjanian.

      La Jam mensuelle du Molodoï (http://www.molodoi.net/programme.php) peut être intéressante par son ouverture au Jazz Rock, au Funk, aux musiques latines ou au slam, selon les musiciens présents, un peu comme à La Grotte avant que les groupes n’y arrivent déjà formés pour faire leur publicité.

      Le Café des Anges propose les Anges Live les mardis (http://www.myspace.com/lesangeslive) et les Mercredis Du Live .

     Le Cheval Blanc de Schiltigheim et Pôle Sud sont les principales salles de concert à programmer du Jazz, mais pas forcément de la région.

     Les principaux Festivals sont Jazzdor (http://www.myspace.com/jazzdorstrasbourg ) en novembre, Marckolswing à Marckolsheim (19 et 20 mars 2010) (http://marckodrom.free.fr/marckolswing/Accueil.htm),  le Strasbourg Jazz Festival fin juin, et si l’on pousse plus loin, on trouve le Festival « Au Grés des Jazz » de La Petite Pierre et  le Munster Jazz Festival créé par Michel Hausser (vibraphoniste émérite de la région depuis 50 ans qui est revenu au pays dans les années 70s) où l’on trouvera le Jazz le plus proche de ses racines Swing ou Bop autour du 15 août.

      Ici comme ailleurs, ce sont des histoires de rencontres musicales, d’affinités électives et d’évolutions musicales qui ont fait et font encore le Jazz, et le maintiennent vivant.

 

Jean Daniel BURKHARDT

 

        

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Commentaires  

 
+1 #1 jean daniel 2010-02-26 11:33 petit rectificatif à propos de Greenstuff:

Bonjour jdblha ,

d'abord merci de nous citer dans votre blog.

Effectivement, nous voyons que Pascal Beck serait le fondateur de Greenstuff Band or il s'avère que les fondateurs de Greenstuff band sont Eric Durlach et moi même ( Olivier Adjedj).

En fait, Pascal Beck nous à rejoins voilà deux ans pour terminer l'album et compléter merveilleusemen t bien cet ensemble funk à base de rock et pop.
Merci de faire la correction.

Encore mille mercis pour ce blog retraçant des épopées strasbourgeoise s de la musique qui ont émerveillés beaucoup de personnes.

A très bientôt.
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