On connaît bien Alex Bianchi dans la région de Strasbourg et au-delà, chanteur et guitariste généreux à la voix profonde et caverneuse qu’on a pu entendre avec la Space Family , puis en duo avec leur dernier contrebassiste Marco Schmitt-Garcia dans le duo les Bredelers, et maintenant sur le net, dans vos salles, et bientôt dans vos bacs le 8 février sous son propre nom, toujours avec Marco-Schmitt-Garcia (qui a co–composé certains titres), mais aussi de nombreux invités pour son premier album « Silence On Pense » enregistré lors d’une tournée de ce duo nomade à travers toute l’Europe.
La guitare crépite et carillonne au réveil d’électricité funky/ rock, mais la voix coule et reste Cool sur le premier titre, entre la/sa nature généreuse et la conscience de la modernité du monde, qui ne pourra jamais la corrompre.
Sa voix gorgée de Soul est accompagnée de choristes Gospel sur un rythme plus funky (qui a fait le succès de la Space Family ) à la manière du Black& Blue des Rolling Stones, mais est critique vis-à-vis des travers de notre monde dans Ils cherchent, sur ceux qui se perdent dans les rencontres sur internet ou la publicité et finissent bien déçus du résultat de leur course consumériste, ou plus jazzy et primesautier, revenant sur ces 3 mots difficiles à dire quand il y a des « nœuds sur la corde sensible » avec un guitariste de Jazz local, à la manière ancienne de Wes Montgomery, suivis de scats agiles des musiciens, petit plaisir permis par ce plus petit comité, comme Bonjour La Nuit souhaitant Bonjour à la Nuit et la bonne nuit au jour...

Autre influence, le Reggae, roots à l’ancienne dans La Nonchalance , d’un bel idéalisme regrettant la perte de la nonchalance, l’insouciance, la tolérance et l’insolence avec l’innocence même à l’adolescence des « petits vieux de vingt-cinq ans » devant la « subsistance tortionnaire » qui nous force à la dureté, avec le chanteur de Reggae de Lyon, Saidreaed (qui bientôt l’invitera en retour sur son album Peace Partout) posant son flow coulant comme celui d’Anis.

Souvenir de la Space Family, mais qui n’y avait pas trouvé vraiment sa place dans le premier album, Silence, On pense donne son titre à l’album, pimentée d’un accordéon cajun zydéco, et montre Alex Bianchi concerné par le sort des prisonniers politiques qu’on bâillonne, mais nous appelle aussi à la vigilance démocratique et à la défense de nos libertés, et à ne pas nous endormir sur les lauriers de la République ou face au racisme ordinaire, alors que Chut, un reggae funky de Roberdam (Ravi’D’Vous Revoir) appelle le jeune producteur très occupé Bianchi à se calmer et les énervés de la circulation urbaine qui feraient, eux, mieux de se taire. Bianchi répond à Roberdam par Petit Soiffard, ballade de l’ivresse qu’on cherche faute d’ailleurs et d’autre horizon, mais on n’a qu’à suivre les choristes sirènes rieuses et les cordes de la guitare et pour se retrouver à Hawaï.

D’origine Italienne, grandi dans le quartier Italien de Strasbourg, Alex Bianchi a aussi, avec des amis d’origine italienne de générations plus ou moins lointaines, traduit Per Tanto, une de ses chansons écrite pour une interprète, en italien.

Espérance Song, Blues du matin radieux plein d’espoir au slide à la Ry Cooder est déjà connu du public des Bredelers et de la Stammtisch du Caf’Conc, mais rehaussé là encore d’un solo à la manière de l’harmonium portatif Pakistanais.

La reprise de l’album, Manon est plus connue dans le Sud de la France que sous nos froids climats, reprise avec son auteur, Balmino du groupe Kabahn qui fait un peu penser à Mano Solo, et habille d’une bohême plus actuelle après Gainsbourg l’héroïne de l’Abbé Prévost, fille facile mais victime émouvante et libre.

Depuis quelques temps, Alex Bianchi s’est installé au vert au pied des Vosges, et pose son regard critique sur ses premiers de la classe, sa Centrale, ses forçats, sa ruralité taiseuse et ses miséreux pour qui le lien social est un mirage dans Y’a plus de soleil.

Si Dieu critique avec ses choristes gospel les croyances religieuses quand elles amochent les femmes ou provoquent la guerre et l’intégrisme et ose demander Si Dieu était une femme, Qui crierait au scandale ? sur des cordes indianisantes. Ce serait plus joli c’est sûr, et il y aurait plus de gens à l’église et moins inutilement, car la compassion est leur apanage...

Enfin après Adieu, poursuivez jusqu’à l’A Bientôt, ghost song cachée derrière qui vaut qui vaut le coup d’oreille pour sa flûte jazzy 60ies/70ies à la Sweet Smoke, ses percussions et son côté pop psychédélique sur une bonne guitare funky et de belles cordes.

Les textes d’Alex Bianchi et ses musiques variées vous donneront pêche, espoir et de bonnes résolutions que vous n’auriez pas rêvées vous-mêmes en ce début d’année où nous en avons bien besoin.
Jean Daniel BURKHARDT
| < Précédent |
|---|